Passage du point culminant entre Choquequirao et Vilcabamba

 

Introduction

À 5h30 du matin, alors que le soleil commence à peine à illuminer les sommets, vous vous mettez en route. Il fait froid. L'air est raréfié. Chaque pas demande plus d'efforts qu'il n'en faut. Cinq heures plus tard, vous atteignez un point où le monde s'offre à vous. 4 650 mètres (15 255 pieds) Au-dessus du niveau de la mer, le col de San Juan offre une vue à couper le souffle, même si l'altitude vous coupe déjà le souffle.

Le Glacier de Choquetacarpo Devant vous brille un éclat particulier. Les sommets enneigés de la chaîne de montagnes de Vilcabamba s'étendent à perte de vue. Avec un peu de chance, un condor des Andes survole le canyon, profitant des courants thermiques qui remontent des profondeurs. Vous vous trouvez au point culminant de la traversée entre Choquequirao et Vilcabamba, le même col qu'ont emprunté les Incas. chasquis Ce chemin a été emprunté il y a 500 ans. C'est le même chemin que Manco Inca a suivi lorsqu'il se retirait dans son refuge au cœur de la jungle.

C'est Col de San Juan. Le moment le plus difficile et le plus spectaculaire de votre trek.

 

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Aspect

Détails

Nom

Col de San Juan / Abra San Juan

Altitude

4 650 m (15 255 pieds)

Emplacement

Chaîne de Vilcabamba, entre Choquequirao et Yanama

Gain d'altitude depuis Pinchauniyoc

+1 800 m environ

Perte d'altitude jusqu'à Yanama

-950 m environ

Temps d'ascension

5 à 6 heures

Temps de descente

3 à 4 heures

Difficulté

Haut

Meilleure période pour visiter

Mai – octobre

 

Contexte : Pourquoi franchir ce col

Le col de San Juan est le passage entre deux mondes. Au sud se trouve Choquequirao, le “ Berceau d'or ”, à 3 050 mètres d'altitude, dans un climat de forêt de nuages tempérée. Au nord se trouve le Vallée de Vilcabamba, qui descend vers la jungle tropicale où se cachaient les derniers Incas.

Entre les deux s'élève la chaîne de montagnes de Vilcabamba, une muraille de sommets enneigés culminant à plus de 5 000 mètres. Le col de San Juan, à 4 650 mètres, est l'un des rares points de passage accessibles à pied.

Les Incas connaissaient ce col. Ils l'utilisaient pour relier leurs villes et leurs centres cérémoniels. Chasquis (des messagers) traversaient cet endroit en courant, apportant des nouvelles et quipus D'un bout à l'autre de la chaîne de montagnes. Lorsque Manco Inca organisa la résistance, ce col faisait partie du réseau de communication qui maintenait l'unité de l'État néo-inca. Aujourd'hui, la traversée du col de San Juan est le seul moyen terrestre de relier Choquequirao à Vilcabamba. Il n'y a ni route, ni raccourci. C'est le même chemin qu'il y a 500 ans.

 

Le jour de la traversée

C'est l'étape la plus longue et la plus exigeante de tout trek incluant le col de San Juan. Voici comment elle se déroule :

  • 4h30 – 5h00 : Réveil Le chef vous réveille avant l'aube. Il fait froid. Vous n'avez pas envie de quitter votre sac de couchage, mais vous savez que c'est le grand jour. Un petit-déjeuner chaud vous attend : porridge, crêpes, œufs et thé de coca. Mangez plus que vous ne le pensez ; vous aurez besoin d'énergie.
  • 5h30 : Début de l’ascension Vous quittez le camp à Pinchauniyoc (Environ 2 850 m). Le ciel commence à peine à s'éclaircir. Vous marchez avec une lampe frontale pendant les 30 premières minutes. Le sentier débute en pente douce dans la partie supérieure du massif de Choquequirao, mais la montée s'intensifie rapidement.
  • 6h00 – 8h00 : Forêt de nuages Pendant les deux premières heures, vous traversez la forêt de nuages. Arbres couverts de mousse, orchidées et broméliacées bordent le sentier. La montée est constante, mais la végétation offre une distraction agréable. La température est plaisante et l'air est encore bien oxygéné. C'est la partie la plus facile.
  • 8h00 – 10h00 : Zone de transition La forêt s'ouvre. Les arbres deviennent plus petits et tortueux. On commence à voir. pajonal (Tesses d'herbe). Le changement de végétation indique une ascension rapide. L'air se raréfie. Votre respiration s'accélère. Vos jambes commencent à s'alourdir. Chaque pause est la bienvenue. Le guide maintient un rythme lent et régulier. “ Poco a poco ”,” “ Pas de précipitation ”, dit-il.”
  • 10h00 – 11h30 : L'ascension finale Les 500 derniers mètres de dénivelé sont les plus difficiles. L'herbe laisse place à la roche et au gravier. La pente s'accentue. L'air est raréfié, avec 401 µg d'oxygène en moins qu'au niveau de la mer. Tous les dix pas, vous vous arrêtez pour reprendre votre souffle. C'est normal. Ne vous inquiétez pas, tout le monde le fait. Le froid s'intensifie et le vent se lève. Il peut neiger ou grêler, même en saison sèche. Vous enfilez toutes vos couches de vêtements. Vous apercevez le col au loin ; il semble proche, mais chaque mètre paraît interminable.
  • 11h30 – 12h00 : Le Passage Enfin, vous y êtes. À 4 650 mètres, le monde s'offre à vous. L'effort des cinq dernières heures est instantanément justifié. Devant vous, le glacier Choquetacarpo scintille sous le soleil. À votre gauche et à votre droite, des sommets enneigés de plus de 5 000 mètres forment un amphithéâtre de roche et de glace. En contrebas, la vallée vers Yanama descend entre des montagnes qui semblent s'étendre à l'infini. Le vent souffle fort et le froid est intense, mais cela vous importe peu. Vous vous tenez au point culminant de votre vie (probablement). Vous avez traversé la cordillère de Vilcabamba en suivant le même chemin que les Incas.
  • 12h00 – 12h30 : Repos et déjeuner L'équipe de cuisine, partie plus tôt, a préparé un déjeuner chaud ou un en-cas copieux. Vous mangez en admirant le glacier. C'est sans doute le plus beau repas de votre vie avec une telle vue. Ne vous attardez pas trop ; le froid pénètre vite dès qu'on s'arrête.
  • 12h30 – 16h00 : La Descente Trois heures et demie de descente vers Yanama. La descente est plus facile pour les poumons mais plus éprouvante pour les genoux. Le paysage change en sens inverse : de la roche à l’herbe, de l’herbe aux arbustes, et enfin aux premiers arbres. La température monte progressivement.
  • 16h00 – 16h30 : Arrivée à Yanama Vous arrivez au campement épuisé mais comblé. Vous avez marché 9 à 10 heures. Vous avez gravi et descendu plus de 2 500 mètres de dénivelé cumulé. Vous avez franchi la chaîne de Vilcabamba. Le cuisinier vous a préparé un thé chaud. Vous retirez vos chaussures et contemplez le col qui disparaît désormais à l'horizon. Vous l'avez fait. Dîner tôt. Coucher tôt. Demain, la randonnée reprend.

 

Ce que vous verrez au col

  • Le glacier Choquetacarpo : Le panorama dominant depuis le col : un glacier recouvrant le sommet du mont Choquetacarpo (environ 5 500 m). Sous le soleil, il scintille de reflets blancs et bleus. C'est l'un des glaciers les plus visibles du Pérou, bien qu'il recule d'année en année en raison du changement climatique.
  • Sommets enneigés : La chaîne de Vilcabamba compte plusieurs sommets de plus de 5 000 mètres. Du col, on aperçoit une chaîne de cimes enneigées qui s'étend jusqu'à l'horizon. Par temps clair, certains disent qu'on peut voir jusqu'à… Salkantay (6 271 m), bien que cela soit sujet à débat.
  • Le Canyon : Du côté de Choquequirao, le terrain plonge abruptement dans le canyon d'Apurímac. On peut voir comment la vallée descend sur des milliers de mètres jusqu'à la rivière invisible en contrebas.
  • Condors : Le col de San Juan est l'un des meilleurs endroits à voir condors des Andes. Des courants thermiques remontant des profondes vallées traversent cette région, et les condors les utilisent pour prendre de l'altitude sans effort. Le meilleur moment est le matin, lorsque le soleil réchauffe les vallées. Observer un condor planer en contrebas est une expérience inoubliable.
  • Vicuñas: Il arrive d'apercevoir des vigognes dans les prairies près du col. Ce sont les plus petits et les plus élégants camélidés des Andes. Timides et rapides, elles prennent généralement la fuite avant qu'on puisse s'approcher.
  • Le silence : L'aspect le plus frappant, peut-être. À 4 650 mètres d'altitude, loin de toute route ou village, le silence est absolu. Seuls le vent, votre respiration et, de temps à autre, le cri d'un rapace viennent troubler le silence.

 

Préparation physique spécifique

Le col de San Juan est l'étape la plus exigeante du trek. Elle nécessite une préparation spécifique qui va au-delà de l'entraînement général.

  • Acclimatation: Vous n'atteindrez pas le col le premier jour. Les itinéraires sont conçus pour que vous y arriviez après 3 à 4 jours de marche, avec une ascension progressive. Cependant, vous ressentirez tout de même les effets de l'altitude : difficulté à respirer, fatigue, et parfois de légers maux de tête. C'est normal.
  • Entraînement à l'ascension : L'étape du col comprend un dénivelé positif de 1 800 mètres. Vous pouvez vous y préparer en :
    • Monter les escaliers avec un sac à dos : 45 à 60 minutes en continu, plusieurs fois par semaine.
    • Trouver des collines ou des montagnes locales et effectuer des ascensions de plus de 1 000 mètres.
    • Intervalles en montée : 5 minutes d’ascension intense, 2 minutes de récupération, à répéter.
  • Entraînement à la descente : Après le col, il y a 950 mètres de descente. Vos genoux vont souffrir si vous ne les avez pas préparés.
    • Descendre les escaliers avec un sac à dos : 30 à 40 minutes.
    • Squats excentriques (descente lente, remontée normale).
    • Renforcement des quadriceps et des muscles stabilisateurs du genou.
  • Endurance: La journée complète représente 9 à 10 heures de marche. Il faut être capable de fournir un effort prolongé.
    • 5 à 6 heures de marche dans votre entraînement.
    • Au moins deux jours consécutifs de longue marche avant le trek.

 

Que faut-il emporter ce jour-là ?

Votre sac à dos pour la traversée du col devrait comprendre :

  • Couches de chaleur : Il peut faire chaud au pied des pistes et neiger au col. Prévoyez des vêtements superposables que vous pouvez ajouter et enlever : une sous-couche technique, une couche intermédiaire (polaire), une veste chaude (duvet ou synthétique) et une veste imperméable à capuche.
  • Protection: Chapeau chaud (pour le col), chapeau de soleil (pour la montée), gants, Buff/tour de cou, lunettes de soleil à protection UV et crème solaire SPF 50+.
  • Hydratation et énergie : Au moins 2 litres d'eau et des en-cas énergétiques rapides (chocolat, noix, barres énergétiques).
  • Autres: Bâtons de randonnée (indispensables pour cette journée), appareil photo avec batterie chargée, papiers et argent.
  • Poids cible : Pas plus de 7 à 8 kg. Chaque gramme supplémentaire se fait sentir dans les 500 derniers mètres de l'ascension.

 

La météo au col

La météo en haute montagne est imprévisible. Même pendant la saison sèche, les conditions peuvent changer rapidement.

  • Scénario idéal : Soleil radieux, ciel bleu, vent modéré. Températures de 5 à 10 °C au col. Visibilité parfaite sur le glacier et les sommets.
  • Scénario courant : Ciel partiellement nuageux. Alternance de nuages et de éclaircies. Vent fort au col.
  • Scénario difficile : Nuages bas, brouillard, risque de pluie ou de grêle. Visibilité réduite. Froid intense. La traversée est tout de même effectuée, mais la vue est obstruée.
  • Scénario extrême : Orages, fortes chutes de neige, vents violents : dans ces conditions, le guide peut décider d’attendre, voire de reporter la traversée. La sécurité est toujours la priorité.

 

Meilleur moment : Le matin. C'est pourquoi nous partons à 5h30. La plupart des orages dans les Andes se forment l'après-midi. Traverser avant midi réduit considérablement le risque de mauvais temps.

 

Le défi mental

Le col de San Juan n'est pas seulement un défi physique, c'est aussi un défi mental. Cinq heures d'ascension incessante, chaque pas plus difficile que le précédent, le manque d'oxygène, les jambes lourdes et un col qui semble toujours hors de portée. À un moment donné, votre esprit commencera à négocier : “ Pourquoi est-ce que je fais ça ? ” “ J'aurais dû choisir une randonnée plus facile. ” “ Je n'en peux plus. ”

C'est normal. Stratégies utiles :

  • Concentrez-vous sur la prochaine étape. Ne regardez pas le col là-haut. Regardez vos pieds. Un pas. Puis un autre.
  • Acceptez la lenteur du rythme. Ce n'est pas une course. Faire dix pas et s'arrêter pour respirer est parfaitement valable.
  • N'oubliez pas pourquoi vous êtes ici. Vous êtes venus vivre une expérience extraordinaire. Ceci en fait partie.
  • Ayez confiance, vous arriverez. Des milliers de personnes ont franchi ce col. Si vous continuez à marcher, vous y arriverez.
  • Célébrez les petites victoires. Chaque tranche de 100 mètres de hauteur gagnée est un exploit.

 

Dès qu'on atteint le col et qu'on aperçoit le glacier, toutes les souffrances s'effacent. La récompense fait oublier la difficulté.

 

Histoire : La voie des Incas

Vous marchez au cœur de l'histoire vivante. Ce même col faisait partie de… Qhapaq Ñan (Réseau routier inca). Chasquis, Des messagers entraînés dès leur plus jeune âge traversaient cet endroit à des vitesses qui semblent aujourd'hui impossibles. chasqui Ce système permettait à un message de voyager de Cusco à Quito (environ 2 000 km) en seulement 5 à 7 jours. Les messages circulaient par relais. tambo à tambo, jour et nuit.

Lorsque Manco Inca établit son État néo-inca à Vilcabamba, ce col demeura crucial. Il assurait la liaison entre les différents foyers de résistance. Messages concernant les mouvements espagnols, plans d'attaque, nouvelles de victoires et de défaites : tout y transitait. Emprunter le col de San Juan, c'est suivre le même chemin que les derniers défenseurs de l'Empire inca.

 

Condors : rois du col

S'il y a un animal associé au col de San Juan, c'est bien le condor des Andes. Avec une envergure pouvant atteindre 3,3 mètres, c'est le plus grand oiseau volant du monde. Mais son poids l'empêche de décoller facilement ; il a besoin des courants thermiques ascendants pour prendre de l'altitude.

Le col de San Juan, où les vents s'élèvent des profondes vallées, est un endroit idéal pour eux.

  • Comment les voir : Le meilleur moment pour les observer est entre 9 h et 11 h. Regardez en contrebas, vers le canyon d'Apurímac. Ils planent généralement en cercles, prenant de l'altitude. Avec un peu de chance, ils passeront à votre niveau, voire même en dessous.
  • Ce qu'il faut rechercher : Une silhouette caractéristique, avec de longues ailes plates terminées par des “ doigts ”. Une petite tête chauve et un collier blanc autour du cou. Un vol majestueux, presque sans battements d'ailes.

 

Foire aux questions

  • Quelle est sa difficulté par rapport à d'autres treks célèbres ? L'étape du col de San Juan est plus difficile que la plus ardue du Chemin Inca classique. Elle est comparable à celle du col de Salkantay. Préparez-vous à vivre l'une des journées de trekking les plus éprouvantes de votre vie.
  • Le passage est-il évitable ? C'est la seule voie de communication entre Choquequirao et Vilcabamba.
  • Et si je n'arrive pas à le terminer ? Les guides évaluent constamment les participants. En cas de problème grave (mal aigu de l'altitude, blessure), plusieurs options sont possibles, comme la descente vers Choquequirao ou l'évacuation. Cependant, la plupart des personnes qui atteignent ce point parviennent à franchir le col.
  • Y a-t-il un abri au col ? Seules les roches naturelles offrent une certaine protection contre le vent.
  • Puis-je effectuer la traversée dans l'autre sens (Vilcabamba → Choquequirao) ? Oui, certaines expéditions procèdent ainsi. L'effort est similaire, et certains préfèrent cette méthode car l'arrivée à Choquequirao constitue le point culminant.

 

Le moment que vous n'oublierez jamais

Vous êtes à quelques mètres du col. Vous êtes épuisé. Chaque respiration est un effort. Chaque pas, une petite victoire. Et puis, vous y arrivez. Le vent vous fouette le visage. Le froid vous enveloppe. Mais peu vous importe, car le glacier est là, étincelant. Les sommets enneigés s'étendent à perte de vue.

Il se passe quelque chose. Vous pourriez pleurer. Vous pourriez crier. Ou vous pourriez simplement rester silencieux, essayant d'assimiler ce que vous voyez et ressentez. Peu importe le nombre de photos que vous avez vues, lorsque vous arrivez au col de San Juan après cinq heures d'ascension, le monde vous paraît différent. Vous vous sentez petit face aux montagnes, mais aussi capable de choses que vous n'auriez jamais crues possibles. Vous l'avez fait. Vous avez franchi la chaîne de montagnes à pied.

 

Conclusion

Le col de San Juan, à 4 650 mètres d'altitude, est l'étape marquante du voyage entre Choquequirao et Vilcabamba. L'ascension est exigeante : cinq heures de montée continue à une altitude où l'oxygène se raréfie. Mais la récompense est à la hauteur de l'effort : le glacier de Choquetacarpo, les horizons enneigés, les condors planant au-dessus du vide et la satisfaction d'avoir traversé la chaîne de Vilcabamba sur les traces des Incas, 500 ans plus tôt.

Le col de San Juan n'est pas fait pour tout le monde. Mais si vous lisez ceci, il est probablement fait pour vous.